Sans Détour

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Chronique du mercredi 10 juin

En attendant le démenti de Jeune Afrique

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Les politiques ont la fâcheuse habitude de se défausser sur les journalistes, quand ils ont gaffé.

Ainsi donc Ablassé n’a pas dit exactement ce que nos confrères de Jeune Afrique ont écrit ! C’est chose rare, mais comme disent les latins « l’erreur est humaine ». Comme c’est possible que ce soit notre très cher Ablassé dont « la pensée a dépassé la parole ». Car sur les deux points dont Jeune Afrique dit, qu’il a dit que c’était ses atouts pour se faire élire président du Faso, en octobre prochain, beaucoup le pensent bas sans oser le dire. Le tort, inexcusable évidemment, de Ablassé, si jeune Afrique n’a pas travesti ses propos, c’est que ça ne devait pas sortir de sa bouche, comme dirait mon ami Gérard.

La question ethnique et la question religieuse sont de vrais problèmes de notre politique, même si personne n’ose l’avouer.

La première est celle qui structure, grandement le choix politique de nombre de nos concitoyens. Et pas seulement les pays.  Même si on accable les mossis, parce que ce sont les plus nombreux, ils ne sont plus hélas les seuls à manger de ce pain. Les autres communautés, en bon élève ont rattrapé et même parfois dépassé le maitre. On se souvient encore des propos ulcérés d’un Joé Ouéder, ce nom ne doit pas dire grand-chose, à la génération des insurgés, qui avait apostrophé Blaise Compaoré, refusant même de lui serrer la main, parce que lui Jo Oueder, ne comprenait pas pourquoi un digne Moagha, comme Blaise, avait laissé le pouvoir à ce peulh de Sankara.

Depuis deux ans aussi, qui n’a pas entendu dire que le problème de Zeph, C’est qu’il est Bissa. Mais il faut être juste et honnête dans cette affaire, parce qu’on peut faire un kaléidoscope de faits similaires pour chacune des ethnies. Mon ami d’enfance, Issouf, c’était piqué d’ambition pour être maire à Garango, pour le compte du CDP, après les municipales de 2012. Ces adversaires ont exhibé son patronyme Zabsonré, pour dire qu’il n’était pas Bissa. Lui qui est né et grandi là bas, apprenait pour la première fois qu’il n’était pas en fait du coin. Que dire de mon ami Lompo, chez les peulhs de Dori ? A Bobo Dioulasso, Koussoubé a eu le tort de ne pas s’appeler Sanou, malgré un premier mandat relativement réussi. Salia a été plus piètre, mais comme il était Sanou, il a eu droit à un deuxième mandat, qui ne lui a certes, pas porté bonheur, mais c’est pour autre chose.

La question ethnique est donc celle qui structure notre vie politique. L’appartenance ethnique fonde le droit à gérer les affaires politiques, localement et bien sûr nationalement aussi, même si parfois on n’est pas le plus capé.

Quand à la question religieuse, elle a fait son apparition, dans sa forme actuelle, il y a environ trois ans. On indexe les musulmans de vouloir en faire un fond de commerce politique depuis le CCRP, l’affaire du Sénat et puis plus récemment au moment de la désignation du président de la transition. C’est vrai que les musulmans du Burkina, qui s’éveillent à leur poids démographique et peut-être aussi économique, sont frustrés, de ne pas être représentés dans les institutions au prorata de leur nombre. Sur les 7 présidents que le Burkina a eus, seul Lamizana était musulman. Le clergé musulman ces derniers temps demande plus d’équité, mais on doit être juste en disant que l’épiscopat catholique est aussi sur cette longueur d’onde. Quand il a fallu désigner le président de la transition, et Mgr Paul Ouédraogo pressenti, n’a pas voulu, les évêques du Burkina réunis à Wemtenga, ont considéré que ce serait l’échec de leur pastorale si un de leur laïc n’était pas désigné président de la transition. Laquelle transition d’ailleurs reflète très peu pour ne pas dire « pas du tout », au sommet de l’Etat, la diversité nationale, au niveau de nos communautés ethnique cela s’entend. Il faut donc être juste et reconnaitre sur la question religieuse que si les musulmans sont indexés, ils ne sont pas les seuls. Le clergé catholique a l’avantage d’être assez fin dans son approche. En tout cas plus que les frères protestants. Depuis que Zida est premier ministre, on a vu ce qu’il en est.

Sur ces deux questions donc, Ablassé a tort, de la présentation qu’il en a fait, comme un atout politique. Mais personne ne peut nier qu’elles constituent un problème dans le pays. La faute politique de Ablassé aura au moins eu le mérite de mettre un nom sur la maladie. Les réactions outrées sur les réseaux sociaux montrent que dans leur majorité, les jeunes ne veulent pas être enfermés dans ce poison social, et c’est tant mieux. C’est en cela que le CNT aurait fait œuvre utile en se saisissant de cette question et en légiférant pour mettre en place une Autorité supérieure de la citoyenneté (ASC) qui aurait pour tâche d’expurger et de criminaliser tout le vocabulaire à relent xénophobe et ethniciste et à surveiller le discours politique, comme le CSC régule l’information dans la presse. En ce moment là, la gaffe de Ablassé, même si elle lui en coûte, aura servie à quelque chose. 



10/06/2015
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