Sans Détour

Sans Détour

Samorogouan

carte du Burkina.png

 

Quelles précisions supplémentaires

 

Selon un habitant de Samorogouan que nous avons pu joindre. Quelques jours avant l’attaque du 9 octobre, les assaillants, lourdement armés semaient déjà la terreur dans la localité. Les gendarmes informés avaient procédé à l’arrestation d’un individu, présumé être le logeur des assaillants dans le village de Tenasso à environ 15 km de Samorogouan. Des renforts de policiers sont arrivés le 8 octobre à 19 heures et ont pris leur quartier dans la cour de la mairie, non loin de la brigade de gendarmerie. Le 9 octobre, très tôt le matin, à 4 heures du matin, les assaillants encerclent la brigade de gendarmerie. Le raid aurait duré plus de 3 heures. Les gendarmes se sont battus, comme ils ont pu, mais avec courage. Les assaillants ont pu se replier avec méthode et emportant même un des leurs qui a été abattu. C’est le signe que c’est un groupe composé de gens qui ont l’habitude de telles opérations.  La journée du samedi 10 octobre, Les renforts militaires sont arrivés et se sont positionnés aussi bien à Samorogouan que dans les villages stratégiques aux environs. On commence à avoir des précisions sur les assaillants. Ils auraient un logeur dans un des villages voisins. Ce logeur dont une fille est mariée à un des assaillants serait un agriculteur et un maître coranique. Il aurait été arrêté et transféré à Orodara.

 

Les interprétations possibles !

 

La qualité de groupe Djihadiste est probablement établie. Le lien de mariage contracté avec une fille d’un maître coranique de la localité est un signe très sérieux. Ensuite on doit constater l’enracinement du groupe dans le milieu. A tout le moins sa présence en ces lieux depuis un bon moment. Sauf à considérer que le maître coranique est de passage, comme c’est souvent le cas, avec des « daras » mobiles. Mais dans le cas présent, la qualité d’agriculteur, si elle est attestée, peut plutôt laisser croire à un établissement de longue durée.

 

Les réseaux dormants

 

Dans un article que j’avais écrit en avril et publié dans mon blog, (http://sans-detour.blog4ever.com/le-mujao-a-frappe-le-burkina), j’indiquais trois choses : Primo ; le Burkina est infiltré, notamment et principalement par les « débris » du MUJAO qui ont été renforcés par les déserteurs de Boko Haram. Tout cela dans un contexte de changement d’obédience. L’Etat Islamique (EI) a remplacé dans les espaces autrefois sous domination de ALQAIDA, sa branche sahalo-saharienne (AQMI). Les obédiences se sont réorganisées et se sont radicalisées. Secundo ; Les éléments de ces groupes avaient pu, en total liberté, essaimer le long de notre frontière, depuis le Niger et le Mali. Depuis quelques temps, il faut ajouter la partie de la frontière que nous avons avec la Côte d’Ivoire. Le long de cette longue frontière d’environ 1000 km, les groupes ont pu constituer des réseaux dormants avec une liberté de mouvement d’une telle facilité que la partie malienne de la frontière n’est pas sous contrôle. Ces réseaux peuvent ainsi et à tout moment perpétrer des actions du genre de celle de Samorogouan, sur tout le long de la frontière. Pourquoi ? Parce que les effectifs sont faibles. Au moment de l’attaque de Samorogouan, dans la brigade, il y avait moins de 10 gendarmes. Très probablement pas plus de cinq. A postériori quand on fait le calcul : trois gendarmes ont été tués. Deux ont pu s’échapper, quand ils ont fini leurs minutions. Il y a toujours l’effet de surprise. Même si à Samorogouan il y avait des alertes. Mais sauf qu’on ne sait jamais quand, où et à quel moment. En plus il presque impossible de maintenir une alerte d’un niveau élevé sur des durées indéterminées. Ces choses coûtent trop chers pour des budgets indigents comme ceux de notre pays.

 

Au Burkina, sans risque de se tromper, nous sommes entrés dans une phase de harcèlement des groupes djihadistes. Dans leur modus operandis, les actions sont graduées. Il y a eu des phases de sommation d’avril à août. Depuis le 9 octobre, la phase des attaques est en marche. Il s’agit d’abord d’une phase dirigée contre les « forces de sécurité ». Très certainement les petites unités de sécurité isolées seront prises pour cible. Il faut donc tout simplement cartographier les commissariats et les brigades de gendarmerie, le long de la frontière pour savoir lesquels sont les plus exposés. Le plus difficile restera sans conteste l’agenda ? A ce niveau seul un bon maillage du renseignement peut aider. Mais cela reste toujours dans le domaine de l’aléatoire. Si cette phase d’attaque des unités des forces de l’ordre est contrariée, interviennent les opérations individuelles, connues très souvent sous la forme de « kamikaze ». Un schéma non pas alarmiste, mais conforme à la façon d’opérer et la graduation des actions tel que connu à ailleurs.

 

 

Est-ce que c’est inéluctable ? 

 

Le cas du Burkina est pour l’instant atypique. En général les groupes jihadistes se forment et s’expriment sur des contradictions qui ne sont pas réunies dans notre pays. Nous n’avons pas de façon très affirmée une contrariété religieuse ou géographique qui a atteint le niveau de crise. Il n’y a pas un grave différend national qui superpose l’ethnie ou un groupe social et un fait religieux. C’est pourquoi on attend avec impatience, les revendications qui sous-tendent ces attaques. Les groupes jihadistes ne font jamais des actions pour rien. Donc on attend la revendication et les mobiles. Si ce ne sont que des actions crapuleuses, elles n’iront pas loin. Si elles sont liées aussi à la crise politique que traverse le pays, comme le laissent croire les premières déclarations du gouvernement, alors il faut trouver les solutions à ailleurs. Mais dans tous les cas, il est impossible de penser que la transition peut trouver une solution à ce problème avant d’envisager son départ. Ces problèmes ne peuvent être adressés, de façon correcte, que par un exécutif qui a du temps, une légitimité et une vision d’ensemble pour des reformes importantes.

 

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Lire aussi à titre d'information

 

 

Attaque de Samorogouan

 

Un modus Operandi semblable à celui de Oursi

 

Les informations sont encore trop confuses, aussi bien sur le nombre des assaillants, leur qualité, les mobiles et le nombre des morts. Il y a une certitude sur l’heure de l’attaque. Elle a eu lieu autour de 4 heure. A cette heure, traditionnellement dans les brigades, les effectifs sont peu nombreux et pas forcément en éveille. Même si selon les informations, il y avait eu des alertes ces derniers temps. Il y a quelques jours une patrouille de 3 gendarmes serait tombé nez à nez avec des éléments armés, venus faire des provisions dans un marché de la localité. A la vue des gendarmes, ces éléments auraient pris la fuite, abandonnant motos et provisions, que les pandores ont ramenées à la Brigade. Les informations font état de sept motos. La zone pastorale de Samorogouan, zone à végétation plus dense, serait le repère des assaillants. Des informations indiquent leur présence depuis un moment dans cette zone. Une de leur première victime serait un éleveur, qu’ils ont égorgé pour avoir refusé de prier comme eux. L’attaque de la gendarmerie du 9 octobre aurait pour premier mobile, des représailles contre les gendarmes pour l’incident évoqué plus haut. Les assaillants après avoir violemment attaqué la gendarmerie seraient repartis en emportant les motos abandonnés précédemment par leurs éléments. L’attaque aurait fait trois gendarmes morts et un gendarme porté disparu. Deux assaillants tués, dont un corps abandonné sur place et un autre emporté par les assaillants. Ce qui fait penser que le groupe est bien organisé et probablement rompu à ce type de combat. Sur leur chemin, en se repliant ils ont abattu un autre berger. Depuis ils ont disparu dans la nature. Comme à Oursi    L’attaque de la gendarmerie de Oursi, le 23 août dernier, plus au nord du Burkina, s’était passée sous le même modus operandis. Le groupe qui avait attaqué la gendarmerie avait agi de façon bien organisée et coordonnée. Une diversion pour éloigner le maximum de gendarmes. Un raid sur la brigade pour récupérer un butin qui avait été préalablement saisi par les gendarmes. Le témoin, malgré lui, de cette attaque avait fait le témoignage indiquant que les assaillants étaient en train de fouiller la brigade, après avoir neutralisé le seul gendarme présent. Quand ils n’ont rien trouvé dans les locaux de la brigade, ils sont allés au domicile du commandant de Brigade pour fouiller et rechercher le butin. La fille du commandant de brigade les voyant venir se serait enfermée dans la maison. Les assaillants ont alors ouvert le feu sur la maison. Mais ils n’auraient pas eu le temps d’opérer. En percevant les phares des voitures des gendarmes qui repliaient sur la brigade, les assaillants auraient pris la fuite. Des réseaux disséminés Il y a des informations  très concordantes sur la présence des groupes du type de ceux qui ont opéré à Oursi et à Samoroguan tout le long de la frontière avec le Mali. Cette longue frontière difficile à sécuriser d’autant plus que du côté malien, la présence de l’Etat est plutôt symbolique. Tout l’effort du gouvernement malien étant porté dans sa région septentrionale. Ces territoires abandonnés sont donc des zones propices de repli après des opérations sur le territoire burkinabè. Samorogouan, où l’attaque a eu lieu le 9 octobre est à une bonne centaine de kilomètres de la frontière avec le Mali. Stratégie de harcèlement  La stratégie dans ce type d’opération, que c’est le harcèlement. Des opérations « coup de poing » et les assaillants se volatilisent. Ce sont de petits groupes suffisamment aguerris et qui connaissent très bien les terrains. Dans ces genres de situation les réponses des Etats, surtout dans un cas comme le nôtre où l’Etat est fragile, c’est le déploiement de gros moyens militaires, très couteux qui très rapidement épuise les finances. Une opération militaire est toujours très couteuse. Or les groupes imposent plutôt une opération asymétrique. Les gros déploiements de militaires sont psychologiquement importants pour rassurer les populations. Mais leur efficacité n’est pas probante. Les attaques sont espacées aussi bien dans le temps que dans l’espace. Depuis août, il y a eu trois attaques ; Oursi, Barani et maintenant Samoroguouan sur un étirement qui va forcément épuiser les forces et les moyens. Le RPC de Dédougou qui était déjà à Barani, devrait être très probablement déployé à Samorogouan. A la vérité nous sommes au Burkina entré dans un cycle de crises. Crise de régime et crise de stabilité.

 

       

 



11/10/2015
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