Sans Détour

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Zida / Barry Le problème de cette transition !

En neuf mois d’exercice du pouvoir, Zida, le premier ministre et Auguste Barry le MATDS ont réussi la prouesse de s’aliéner deux composantes importantes de la transition, les militaires et dans une moindre mesure les politiques. Par des postures inconsidérées, ils mettent la transition en danger.

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Zida, en route pour Abidjan, après une semaine de tumultes et un weekend de folles rumeurs sur son éventuelle démission, a convoqué la presse pour « une importante déclaration ». Finalement les journalistes ont eu droit à un propos laconique insuffisamment construit.  Le plus grave c’est sa réponse en rapport avec le projet de complot contre sa personne. A cette question, il tente dans un premier temps une esquive, renvoyant le journaliste à la déclaration du gouvernement et quand ce dernier insiste il consent de s’expliquer : « il y avait des rumeurs (…) sur l’institution premier ministre. Nous avons voulu vérifier. Certains ne l’ont pas bien compris ». Une aussi simpliste réponse à un projet, dont on pense forcément qu’il est grave et qui a mis le pays en émoi et qui menace de déstabiliser la transition. Ainsi donc, rien n’était sûr, c’était que « des rumeurs ». Il est évident que les rumeurs de cette nature sont graves. Mais conventionnellement dans les procédures, on ne dévoile pas une artillerie impressionnante de la nature de celle déployée, par Zida/Barry, pour traiter des rumeurs. Un ambassadeur occidental a même été saisi, par Auguste Denise Barry sur un complot en cours, alors que ce n’était « que des rumeurs ». Cette puissante ambassade, n’a pas mis longtemps pour répondre au ministre de la Sécurité, lui signifiant qu’il n’en était rien. Mais malgré tout, Auguste Barry n’a pas renoncé. Que dans le doute, il prenne des mesures conservatoires, pour l’atterrissage de Zida, on peut parfaitement comprendre. Mais que le lendemain, il ordonne déjà des interpellations, alors qu’il n’a pas pris le temps de pousser d’avantage les enquêtes, de réunir des preuves tangibles ou vraisemblables montre bien la légèreté dangereuse du MATDS. Surtout en cette matière. Le fin mot de la chose, depuis la sortie de Zida, sur la passerelle de l’avion qui l’a conduit à Abidjan, le 6 juillet dernier, c’est que ce n’était « que des rumeurs ». Donc un faux complot. Notre confrère L’Observateur Paalga qui le premier, a indiqué la légèreté du complot, subit depuis « les quolibets » (l’expression est d’un grand analyste de la presse nationale) des inconditionnels du premier ministre.  

Comment il a été ourdi ?    

Maintenant que l’on sait avec certitude que du côté de Zida/Barry, il n’y avait rien de sérieux, on est obligé de donner foi, aux preuves du faux complot compilés par le RSP, mis sur la table de Kafando et transmis aussi à la hiérarchie militaire. Ce faux complot avait été ourdi, par Zida/Barry avant le départ de ce dernier pour son long périple Asiatique. Ça doit rappeler à certains de mauvais souvenir de l’ère Blaise Compaoré. On disait que chaque fois qu’il était dehors pour longtemps, un mauvais coup était en préparation. Zida serait-il son digne successeur ?

Avant le voyage premier ministériel, Zida/Barry ont tramé le complot autour de deux capitaines du RSP, le capitaine Kouda et le capitaine Flavien Kaboré (ce dernier a avoué à l’audition de la gendarmerie qu’il a été manipulé. Mais c’est lui qui directement a appelé Taipei pour informer Zida, qu’un soldat lui avait montré de l’argent reçu pour participer à l’attentat contre lui). Autour des deux capitaines,  deux sous-officiers les caporaux Pafadnam, (qui roule en Jaguar) et Cissé Ag Moussa, stagiaire intendant propriétaire d’une Toyota Avensis de deux ans. La liste est complétée par les soldats Nadié (propriétaire d’une 4x4 de marque Vera Cruz) et de Arouna Ouédraogo (première classe) et chauffeur de Zida.  Là encore, comment ne pas se rappeler et faire le parallèle avec Blaise Compaoré et son chauffeur Maïga. Voilà le groupe des conjurés commis pour distiller dans les troupes l’idée d’un complot contre Zida à son retour de Taiwan.

Quel objectif ?

Le projet de Zida/ Barry est très clair. Ils veulent récupérer le RSP à leur seul profit. Pour y parvenir le projet de complot devrait permettre de décapiter la hiérarchie actuelle du régiment. Ces derniers n’ont pas bonne presse du reste dans l’opinion nationale et Zida/Barry compte bien s’en servir. Un projet de complot, l’interpellation des officiers du régiment avec à coup sûr des remous au sein du RSP avec des débordements sur les populations, (comme les tirs orchestrés dans la nuit du 29 juin, par les mêmes conjurés partisans de Zida/Barry, une dizaine de soldats, vite neutralisés) et forcément le soulèvement de la rue sous l’instigation des OSC satellites à qui des sommes d’argent ont été distribués par deux canaux. Le premier groupe est allé prendre de l’argent chez un libanais de la ville de Ouagadougou et le second directement au MADTS. Le grabuge qui devait en résulter devrait permettre de sceller définitivement le sort de la hiérarchie du RSP et prendre le contrôle du RSP. Quand le premier ministre dit que le pays a « besoin du RSP », il dit vrai. Mais d’un RSP à son seul service. Zida/Barry se préparaient donc à devenir les vrais « hommes forts » de la transition qu’ils allaient dès lors, avec le concours des OSC « acquis » orienter à leur guise. Des OSC allaient vite déchanter, mais n’auraient rien pu faire. Certains de leurs leaders sont tenus par le duo d’une façon ou d’une autre. Si d’aventure ces responsables s’avisaient à protester, une campagne terrible de terreur allait s’abattre sur eux où rien n’allait leur être épargné, de leur vie privée aux petites gratifications qu’ils ont pu percevoir et d’autres fausses histoires inventées de toutes pièces. Une campagne de terreur du genre de celle qu’on a abattue sur la tête du pauvre Siaka Coulibaly, juriste, dès lors qu’il s’est avisé de sortir des rangs. Contre nous autres, ils ont tout essayé et continuent d’ailleurs. Maintenant ce sont des projets d’agression physique qui sont imaginés, après les calomnies et les opprobres. Bref !  

Quel est l’agenda caché du duo Zida/Barry ?

Il est évident que ces deux sont difficiles à lire. Mais leur agenda n’est pas du tout en raccord avec les buts de cette transition. En officiers manipulateurs, ils conduisent deux projets de front. Dans un premier temps ils travaillent à focaliser les regards et les opinions sur un ennemi, vrai, les anciens dignitaires du régime de Blaise. Ils s’arrangent à fuiter de fausses informations, parfois, pour remonter encore plus les gens contre ces derniers. Or parallèlement les deux n’ont jamais rompu avec l’ancien système. Zida maintient des rapports avec Soro Guillaume et Soro Guillaume, comme tout le monde le sait, parle chaque matin à Blaise. La personne qui fait office de lien entre Soro et Zida, dont nous taisons volontairement le nom, est fréquente dans nos palaces à Ouagadougou. De la même façon  qu’après le discours, sur l’Etat de la Nation,  Zida a envoyé des  SMS à certaines OSC pour leur dire de « ne pas prendre au pied de la lettre sa déclaration sur le RSP » de la même façon il rassure le camp de l’ancien régime que leurs intérêts ne seront pas touchés. C’est cette duperie qui a fait que les grands responsables politiques du CFOP ont vite classé et détesté Zida. A chacun, il disait la même chose, dans les mêmes termes, oubliant que « les gens causent », dit amusé et dépité un politique de l’ex opposition.

Zida que la rhétorique de ses partisans présente comme « le rempart contre la restauration de l’ancien régime » est à la vérité le pion et le véhicule de cette restauration. Les insurgés qui attendent de lui l’application de leur code électoral, la fameuse loi Chérif, seront gros jean, comme devant. Zida n’a jamais eu l’intention d’appliquer ce fameux code… Les faits précis le montrent et pour l’instant nous les taisons.

Mais comme on voit aussi, c’est par petites bribes que Zida lâche ou se conforme aux desiderata des insurgés. Avec la présente crise, il a fini par donner des précisions sur le calendrier électoral en articulant pour la première fois expressément que « la date du 11 octobre est une date buttoir ». Mais que vaut la parole de Zida ? Il dit une chose maintenant et dit tout le contraire dans la minute qui suit ou en fonction de l’interlocuteur en face. Pour verrouiller ce rendez-vous il est prévu au Conseil des ministres de mercredi 15 juillet, la convocation du corps électoral. Mais même là… ? 

Personne ne peut au jour, d’aujourd’hui, même pas  la coordination des OSC, visiblement qu’on est en train de réduire, probablement à son corps défendant en une FEDAP/BC à la solde de Zida, jurer sur les intentions réelles du duo.

Deux officiers honnis de l’armée !

Il y a, en toute chose, une mesure. En ce qui concerne Zida/Barry c’est extraordinaire la détestation dont ils sont l’objet et de façon presque unanime au sein de l’armée. Ceux qui en doutent peuvent aller prendre un pot dans les différents mess du pays. Le dernier sujet en débat en ces lieux, c’est le dernier statut de l’armée récemment adopté par le CNT. Pour beaucoup ce statut « bafoue l’armée ». Sur sa disposition qui fait le plus polémique où il est écrit « qu’un officier du grade de Lieutenant-Colonel et Colonel qui a rendu des services inestimables à la patrie peut accéder au grade de général », il y a eu du bricolage. Initialement la commission avait retenu le grade « de Colonel » pour accéder directement et exceptionnellement à Général. Puis à quelques heures de la plénière d’adoption de la loi, les rapporteurs ont reçu, un bout de papier les enjoignant d’ajouter « Lieutenant-colonel ». Ils ont dû s’exécuter. La mention a été donc ajoutée en visant bien une personne connue, le Lieutenant-Colonel Zida. N’est-ce pas ce que faisait Blaise Compaoré ? Des lois sur mesures, que certains cntistes dénonçaient, à juste raison dans une autre vie ?

Le second point de la loi portant sur le statut des militaires qui fait des gorges chaudes c’est la prorogation de deux ans de l’âge de la retraite. Pour les spécialistes de la question, cette disposition amoindrit « l’opérationnalité de l’armée sans produire une incidence significative sur la retrait des militaires ». Ce qui était souhaitable c’était de revoir à la hausse « l’indice salarial des soldats ».  Le débat est en cours et forcément ce texte aussi, il faudra le relire un jour.

Les deux se sont progressivement aliéné leurs frères d’arme. Au début de la transition, ils se sont appuyé sur le RSP pour contrer les officiers de l’Etat-major. De peu, nous aurions abouti à un affrontement, puisque dans la soirée du 31 octobre, des militaires proches de l’Etat- major avaient commencé à vouloir se replier sur Bobo Dioulasso, pour résister. Il a fallu parlementer pour faire baisser la tension et produire le fameux communiqué d’allégeance. Aussitôt installé, Zida a entrepris un travail de sape de l'autorité des officiers. Des soldats sont débauchés sans prévenir la hiérarchie. La frustration a progressivement gagné les rangs. Le cercle des ennemis de Zida s’est agrandi de façon exponentielle.   

Quand il s’est bien installé, comme premier ministre, après le tour de passe-passe que d’aucuns ont appelé « des accords secrets », c’est contre le RSP qu’il se tourne pour le décapiter sans se concerter avec l’Etat-major. Pour Zida et pour asseoir son pouvoir total et sur tout ; « gouvernement, l’armée et les OSC déjà acquis », il ne restait plus qu’à faire main basse sur le RSP. Ce fut son erreur fatale. C’est fut aussi le début de ses problèmes.

By any means necessary !

Le Duo Zida/Barry survivra-t-il à la présente crise ? Oui toutes les hypothèses sont sur la table. Le vieux Kafando pourrait dans l’esprit de conciliation qui l’anime finalement décider de maintenir les deux, jusqu’à la fin de la transition. Dans l’opinion nationale aussi la crainte de l’inconnue pousse pour une solution de maintien de Zida à la tête de la transition. Il est possible donc que cette solution prévale.

Le vieux s’il arrive à négocier dure avec la hiérarchie de l’armée pourrait avoir désormais en sa faveur « une force de dissuasion » qui l’émancipe totalement de son premier ministre. Au final et en attendant évidemment que le président élu, en octobre prochain, décide du sort du RSP, Kafando pourrait en faire un rempart qui le protège de son premier ministre et de ses ambitions démesurées pour permettre à la transition d’aller à son terme.  



10/07/2015
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