Sans Détour

Sans Détour

Zida à la Poutine !

C’est fait. C’était attendu. Zida va gouverner à travers Michel Kafando.

C’est un tour de passe-passe assez grossier du reste que Zida a utilisé pour rester à la tête de l’Etat. Il faut, maintenant, à chaque fois qu’un militaire dit qu’il n’est pas intéressé par le pouvoir, commencer à se méfier.

 

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D’une façon assez habile et devant la démission des politiques du CFOP, Zida s’est progressivement accaparé des manettes de la transition, pour mieux organiser son maintien à la tête de l’Etat.

Dans un premier temps, Zida a conduit et orienté l’écriture de la charte de la transition. Il a réussi à faire des militaires (surtout ceux qui l’entourent), les maîtres du jeu. La charte que la société civile et politique s’est échinée à écrire a été mise de côté pour lui substituer « la note de cadrage » devenue, contre-proposition et finalement « la charte de transition ». Elle replace les militaires en bonne position dans l’ensemble des instances de la transition. Au CNT, il y a 25 militaires, pour un total de 90 postes à pourvoir. Pour qui connait l’esprit de discipline militaire, autant dire, ils seront la tour de contrôle du CNT. Parce que comme Zida a pu le faire avec le collège de désignation, il va acheter les voix dont il a besoin pour faire passer ce qu’il veut. S’il ne peut pas acheter, il va passer par l’intimidation, exactement comme cela se faisait sous Blaise Compaoré. Les minutes du collège de désignation donnent vraiment de la stupeur. Mais aussi matière à préoccupation, puisque ce sont les sommités du pays, qui y étaient et qui ont validé un dole. Quand Michel Kafando arrivait ce soir-là au palais des banquets de Ouaga 2000, il savait qu’il en repartirait président. Donc, il n’y avait pas de compétition. Tout a été fait de sorte à retourner, sans trop de difficultés apparemment les membres de la société civile du collège de désignation. Ce sont eux qui ont été les bourreaux de leurs propres candidats, devant un collège médusé.

La question de l’éthique…

Tout ce qui est construit sur du faux, ne peut pas prospérer. Les mossi aiment dire que « le champs  du mensonge est très large. Sauf qu’il ne produit pas de graine ». Le tort de Blaise Compaoré et de son régime c’est d’avoir cru, qu’ils pouvaient mentir sur tout et s’en sortir. Ç’a duré près de 30 ans. Ironie du sort, c’est Zida qui est aujourd’hui son principal pourfendeur. Son discours dit « historique », à l’occasion de la signature de la charte, était un véritable réquisitoire contre Blaise, mais avec l’inconvénient que c’est dans son dos. Comme disaient les latins « le verbe s’envole et les écrits restent ». En 2003, c’est le même Zida qui disait d’interdire « Bendré et L’Evénement, dans les casernes, parce que ce que nous disions de Blaise n’était pas acceptable ». Une décennie après, il est plus virulent que nous. Sauf que Blaise n’est plus là.

Cette transition s’engage sur des rails qui font craindre pour son lendemain. Les politiques pensent ne pas s’en préoccuper. Espérons qu’ils ne s’en mordent pas les doigts un matin. La société civile c’est totalement liquéfié devant les appétits des postes. Depuis la désignation de Michel Kafando, c’est la foire d’empoigne. Une bataille de chiffonniers pour les postes. Zida, en profite pour dérouler les instruments de son règne absolu. Comme Blaise, il n’a pas l’intention de s’arrêter en douze mois. Ceux qui l’ont rencontré ces derniers jours ont vu un homme métamorphosé dans la posture d’indispensabilité. Comme Blaise, il pense que sans lui « la transition ira dans tous les sens ». Comme Blaise, il pense qu’on peut acheter les gens. Pour rendre le peuple content, il lui a offert, l’entrée gratuite au stade du 4 août, à l’occasion du match Angola – Burkina. Où a-t-il trouvé cet argent ? Est-il lui aussi déjà immensément riche ? Le bon peuple ne se pose pas ses questions. Il regarde « Zoro Zida » envoyer en prison les méchants de l’ancien régime ; Christophe Ilboudo, viré et coffré, le gars de la SONABHY viré. Guiro renvoyé en prison…La liste sera longue. Cela fait bien plaisir au bon peuple qui maintenant fait des haies honneurs pour applaudir Zida.

Il vient de dissoudre les conseils municipaux. Que dit la loi ? Mais personne ne s’en fout. Zida c’est la loi. Exactement comme Blaise. C’est de cette même façon que Blaise s’était comporté et avait fini par croire que la loi, « c’est son bon vouloir ». Si Zida viole la loi, même pour le bien. Il violera la loi aussi pour le mal. Ce sont des choses, qu’il ne faut pas commencer, car une fois c’est fait, on ne s’arrête plus jamais. Va-t-il dans les jours à venir, abroger la loi sur les collectivités et en faire une autre ? C’est fort possible. Mais c’est le début de l’engrenage. Qu’est-ce qui urge ? Pourquoi ne pas faire les choses dans le cadre de nos lois ? Comme président du Conseil supérieur de la magistrature, pourquoi le président Kafando, ne réunirait pas l’instance pour impulser une nouvelle dynamique et permettre aux juges de faire leur travail. Si Zida fait dans le spectaculaire est-ce pour épargner certains ?

Nous voilà donc engagé dans une transition qui nous échappe. Nous avons pensé que nous étions maitre des événements après le 30 octobre. Aujourd’hui nous sommes réduits à les subir. Tout est entre les mains d’un seul ; Zida.  C’est vrai que les révolutions ne profitent jamais à ceux qui les déclenchent. C’est là où nous sommes aujourd’hui…  

NAB



19/11/2014
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