Sans Détour

Sans Détour

Présidentielle 2015

 

Roch et Zéphirin, les appareils vont faire la différence

 

image raprochée zeph et roch.jpg

Sauf extraordinaire la finale de la présidentielle d’octobre 2015 va se jouer entre Roch et Zéphirin. Ce sera le choc des appareils beaucoup plus que celui des personnalités.

 Le sondage de Honko Roger Judicaël BEMAOUN est le deuxième du genre qui place Zéphirin Diabré premier au premier tour d’une présidentielle face à Roch. Le premier sondage réalisé par une autre source, dans le dernier semestre de 2014 avait donné quasiment les mêmes résultats dans l’ordre. Cette fois l’écart s’est élargi. Le premier sondage donnait 23% à Zéphirin et 21% à Roch. Cette fois le premier progresse de 3 points tandis que le second reste stable. C’est incontestablement une indication sérieuse de l’état de l’opinion et de l’image des deux personnalités de la classe politique au sein d’une frange significative des burkinabè. Cela peut s’expliquer par les faits suivants :

-          Zéphirin continue de surfer sur les dividendes d’un bon management du cfop. Il a su indubitablement donner à sa présidence à la tête du cfop, un contenu et un sens. Il en a fait le creuset de la contestation en instituant un leadership inclusif et participatif. Ce capital de réussite continue à le porter. Qu’en sera-t-il dans les jours et mois à venir quand il va commencer à parler de son programme et à donner des réponses aux questions plus polémistes ?

-          Roch capitalise sur sa personnalité et sur le formidable coup de pouce que le MPP a apporté à l’épilogue de la lutte contre la révision de l’article 37 et au déboulonnement de Blaise Compaoré. Il est stable sur les deux sondages précités ce qui pourrait laisser penser qu’il a une base solide de partisans. Depuis janvier 2014, Roch s’est bien gardé de contrarier ouvertement le leadership de Zéphirin au sein de l’opposition. Même quand ce dernier a dissout inopportunément le cfop sans concerter les autres membres de l’opposition. Roch a dit sa désapprobation sans engager la polémique ou du moins il a laissé ce boulot au trublion de son parti Emile Paré et la « sniper » Saran Seremé. Comme Zéphirin, pour l’instant le jugement ne se fait que sur des acquis. Qu’en sera-t-il dans les jours et les mois à venir quand il faudra aborder les questions de programme et celles plus polémistes.

La question des structures a-t-elle été abordée ? L’analyse qui en est faite par Honko ne le mentionne pas. On peut donc supposer que les sondeurs n’ont pas abordé cette question ou n’ont pas jugé opportun de la dépouiller. Il faut donc se référer au tout premier sondage cité plus haut pour avoir une idée. Ce premier sondage plaçait le MPP largement en tête, en termes de notoriété, sur l’UPC. Ce qui relativisait les données sur les personnalités. Pour qui connait les mécanismes qui conditionnent, en dernière analyse le vote, les questions d’intermédiaires sont décisives. C’est ce que les sociologues de la communication ont dénommé les « flow step » de la décision. Traduit en français ce sont les « processus de la décision». Qui influence la formation de la dernière opinion ? Qui influence la décision finale ? On sait depuis les travaux de ces sociologues américains que l’opinion ne détermine pas nécessairement la décision finale. En dernier ressort, les structures, les appartenances et les personnes ressources influent sur la décision du vote. C’est en partie ce qu’avait compris le système Compaoré en faisant la promotion des fils de la région et en s’achetant la soumission des chefs coutumiers et des chefs religieux. Dans un environnement où les cartes sont redistribuées, comme c’est le cas présentement, comment vont s’ordonner ces structures et ces personnes ressources dans la perspective de la présidentielle à venir ? Ce sont cette configuration et cet ordonnancement qui en dernier ressort vont être déterminants pour l’issue de la présidentielle d’octobre 2015.

La configuration possible à l’heure actuelle. Elle est basée sur des indications qui ordonnent notre société jusqu’à présent. Il y a l’aspect communautaire, le fait religieux, les considérations coutumières et puis les « sensibleries » intellectuelles.

L’aspect communautaire est celle qui structure profondément notre vie nationale. Personne ne veut pourtant ouvertement l’admettre. C’est notre inceste national, personne ne l’assume ouvertement, même si chacun lui donne libre cours dans les replis de son subconscient. Parce qu’on ne veut pas l’admettre ouvertement, il n’y a pas de réponse bien construite et structurelle à la question. Comme elle est niée, elle sera encore un déterminant inconscient mais important de la décision finale pour bon nombre d’électeurs. Sur cet aspect il y a deux attitudes possibles. La victimisation et la négation. Les deux attitudes ont des revers. Une société civile bien consciente aurait pu contribuer à la marginalisation de cette donne clivante. Malheureusement la société civile burkinabè n’a jamais su adresser de façon convenable les questions structurantes.

Le fait religieux émerge et se cristallise. A l’occasion de la désignation du président de la transition, le fait religieux est apparu très clairement. Le cardinal et le clergé catholique ont su habilement par leur attitude, en circonscrire les effets dévastateurs. Mais pour la présidentielle, c’est une donne qui va resurgir. Les deux principaux candidats sont tous de la même obédience religieuse catholique. La différence pourrait se jouer dans la configuration de leur appareil politique. De ce point de vue, sauf erreur de notre part, il y a un avantage comparatif en faveur du MPP dont le trio de tête ; Roch, Salif et Simon sont comme par hasard de ce point de vue assez typés. Au niveau de l’UPC Nathanaël Ouédraogo est bien fils de pasteur, mais il ne pèse pas du même poids que Simon dans la vie et dans les instances de son parti. En fonction de comment Roch et Zéphirin vont, à leur niveau individuel, goupiller le fait religieux, ils donneront de la quiétude à la campagne électorale et se donneront les moyens de remporter la présidentielle et créer les conditions d’une gouvernance apaisée. Mais les représentants des trois religions seront attentifs aux combinaisons implicites et aux discours qui seront tenus.

Le troisième déterminant va être incontestablement les considérations coutumières. Les chefs coutumiers jouent un rôle important qui va être encore accentué au regard du rôle considérable joué par Naaba Baongo depuis l’insurrection de fin octobre. On ne peut pas imaginer qu’après cette intermédiation suscitée et souhaitée, naaba Baongo et la chefferie coutumière n’aient pas leur mot à dire quand viendront les choix de la présidentielle. Il faudra donc observer comment ces gardiens de la tradition vont se distribuer autour des deux grands candidats. Ce sera en arrière plan le match le Larlé contre le Poé, avec les alliances dans le pays profond. Dans ce match, la région du Boulgou sera scrutée de très près. Ces dernières années un irrédentisme Bissa était en formation contre l’autorité coutumière et traditionnelle du Tenkodogo. Ce défi traditionnel va-t-il se traduire dans le champ politique et recouper les lignes communautaires ? Il est possible que ce ne soit pas systématique. Le Garango, par exemple, n’a jamais été très favorable à cet irrédentisme, contrairement à un Bittou. Avec la mise hors jeu ou plutôt l’affaiblissement politique de Alain Yoda, on va voir comment ce mouvement va évoluer.

Enfin les sensibleries intellectuelles des « lettrés ». Depuis Ki Zerbo en passant par le PCRV les sensibilités idéologiques ont conditionné la formation des opinions, mais n’ont pas encore permis ni d’élire un président ni de constituer une majorité parlementaire. Cette fois encore, leur influence sur le vote sera à la marge. Surtout après les vicissitudes de la gouvernance CNT et des reniements successifs du gouvernement de la transition. Il est possible que l’ancienne et traditionnelle société civile, les syndicats traditionnels et certaines organisations droit de l’hommistes, reprennent du poil de la bête. Sauf qu’elles chevauchent de faux chevaux, comme la question des candidatures indépendantes, qui comme le montre le sondage  de Honko ne constituent pas une réelle préoccupation des électeurs (Pour les candidatures indépendantes aux élections législatives et municipales, 50,5% sont défavorables contre 38,3% qui sont favorables).

La question de la vie chère telle qu’elle est posée sied bien à une activité syndicale en temps de gouvernance. Elle n’épuise pas une problématique électorale qui doit être structurante. Il faut espérer que les structures qui portent ces problématiques actuelles réactualisent leur bréviaire et l’étayent mieux pour la présidentielle. Elles pourront ainsi contribuer à l’animation de la campagne, même si cela déterminera à la marge, l’issue du vote.

Le sondage de Honko est très intéressant, même si les deux principaux protagonistes n’en font pas forcément une bonne lecture politique. D’un côté on surestime le message du sondage et de l’autre on le minimise. Il donne de bonnes indications par contre pour construire et déployer une bonne campagne présidentielle. Il faut ne pas oublier que le scrutin est couplé. Que le recoupement notoriété personnelle et force des appareils pourraient produire, à l’étape actuelle des données en notre possession, des résultats invraisemblables. La personnalité qui gagnera la présidentielle ne disposera pas forcément de la majorité au parlement. Pour une fois donc, il est très probable que la majorité parlementaire ne coïncide avec la majorité présidentielle. Certains s’en réjouissent. Il y a tout lieu cependant de s’en inquiéter. Nous n’avons pas les institutions capables d’absorber les secousses d’une cohabitation politique.

 

 

 

 

 

 

 

Lire aussi: Pour mieux comprendre la question lire les éléments ci-après: 

Au regard des résultats du sondage, la redistribution des forces pourrait être la suivante au soir du premier tour avec les alliances possibles :

        

Zéph

26%

 

Ablassé Ouéd : 8,4%

Soungalo :  6,2%

Ernest Yonli : 2,1%

Juliette : 0,9%

…………………………..

Total : 44,5%

 

 

 

  

Roch

21%

………………………………

Sankara : 8,4%

Djibril : 7%

Saran : 5,7%

Tahirou : 1,5%

Natama : 1,4%

Zedess : 1,2%

……………………..

46,3%

 

 

 

 

 

………………………………………………………………………………………………………………………..

 

Honko Roger Judicaël BEMAHOUN, Statisticien-Economiste et chercheur en Science politique,

 

Cette enquête a concerné les hommes et les femmes dont l’âge est compris entre 20 et 69 ans des villes de Ouagadougou, de Bobo-Dioulasso, de Koudougou et Ouahigouya. Au total, 700 personnes ont été enquêtées, soit 250 à Ouagadougou et 150 personnes pour chacune des autres villes. L’échantillon a été constitué selon la méthode des quotas marginaux avec l’âge et le sexe comme les variables de contrôle.

 

Concernant l’opérationnalisation du slogan «  plus rien ne sera comme avant », 46,5% estiment que rien n’a changé relativement à la gouvernance du régime déchu contre 28,9% de personnes qui constatent le changement. 22,3% jugent qu’il est prématuré d’évaluer le gouvernement actuel.  

………………………………………………………………………………………………………………………………………..

 

Le tableau ci-dessous donne les intentions de vote par ville.

 Personnalités

Ouagadougou

Koudougou

Bobo Dioulasso

Ouahigouya

Aucune des personnalités

4,6%

16,1%

15,5%

1,1%

Ablassé OUEDRAOGO

8,0%

3,7%

15,0%

3,8%

Bénéwendé Stanilas SANKARA

9,2%

2,1%

7,6%

14,5%

Djibril BASSOLÉ

5,9%

11,2%

6,5%

5,8%

Jean Baptiste NATAMA

0,7%

2,3%

2,2%

0,6%

Juliette BONKOUNGOU

0,9%

2,0%

0,9%

0,0%

Paramanga Ernest YONLI

0,4%

3,1%

3,4%

2,5%

Rock Marc Christian KABORÉ

24,6%

15,5%

11,7%

34,8%

Saran SEREMÉ

5,1%

10,6%

1,6%

8,3%

Seydou ZONGO alias Zedess

2,1%

1,6%

0,5%

0,0%

Soungalo Apollinaire OUATTARA

2,8%

6,4%

12,4%

3,4%

Tahirou BARRY

1,5%

1,9%

1,2%

1,4%

Zéphirin DIABRÉ

34,2%

23,6%

21,6%

23,7%

 



25/02/2015
1 Poster un commentaire

Inscrivez-vous au site

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 2665 autres membres