Sans Détour

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Présidentielle 2015

Coupler ou ne pas coupler ?

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Au moment où se tiennent les concertations avec le groupe de suivi de la transition burkinabè, le modus operandi sur les élections n'est pas totalement arrêté. Un calendrier indicatif pour le ou les premiers scrutins est connu. Zida a avancé, dans un journal ivoirien, Frat Mat, la date du 11 octobre pour le premier tour de la présidentielle. Cette élection sera t-elle couplée avec les législatives? Il ne l'a pas. Le débat est posé. Nous apportons notre contribution.

C’est une question politique pertinente. Les deux grands partis de l’échiquier national, le MPP et l’UPC ne sont pas d'accord sur la conduite à tenir. Le MPP est favorable à une présidentielle unique tandis que l'UPC est pour le couplage. En réalité ce sont des positions plus tactiques que politiques. Et puis l'argument financier est réel, mais il n'est pas pertinent puisque de toute façon, des trois scrutins à organiser, il faudra bien qu'un se tienne seul.

Quels sont les arguments en opposition ?

Dans la situation actuelle un couplage de la présidentielle avec les législatives offre l’avantage d’une navigation à vue. Comme le président n’est pas connu, il n’y a pas de prime électorale pour un parti au détriment des autres. Dans une configuration où tout a été remis à plat, les partis de forces égales, partent avec les mêmes chances. Dans ces conditions en organisant les deux scrutins, le même jour, aucun parti ne part avec un avantage. On pourrait donc se retrouver avec un résultat émietté, avec un parti qui aurait un léger avantage en nombre d’élus, mais pas assez pour avoir une majorité nette et claire. Le président qui en sortira devra négocier avec les « faiseurs de roi ». Une situation qui est intéressante, du point de vue de la représentativité démocratique, mais qui n’est pas sans danger pour la stabilité des institutions, surtout quand on sort d’une période de crise comme celle que nous traversons. Il est même possible d’aboutir à une situation où le président élu n’a pas le plus grand nombre d’élus à l’assemblée. Une situation de cohabitation donc. 

En plus dans le système de quinquennat comme le nôtre, une telle situation pourrit le mandat du président élu, qui aura des difficultés pour mettre en œuvre son programme. Il sera préoccupé par la stabilité de sa majorité plutôt que de se concentrer sur ce qu’il a promis au peuple. Au Niger, Issoufou est un président toujours sur la crête. Il a perdu trop de temps pour s’assurer une stabilité parlementaire. Il a aussi dû puiser les maigres ressources de son pays pour s’acheter la fidélité de certains députés qui ont flairé le jackpot. Et ces gens-là, sont insatiables. Alors une bonne partie du budget servira aux marchandages politiques. Certains en feront même un business. Dans l’hypothèse d’une cohabitation avec une constitution qui prescrit de mettre en œuvre la politique du président, ce sera tout simplement un coup d’Etat assuré. Il va rester la dissolution au président. Or c’est une arme à double tranchant. Elle survient toujours après des moments de polémiques qui font perdre les effets bénéfiques de la victoire au président. Le cas d'école est celui de Jacques Chirac au début de son premier mandat.

A contrario, au Mali, si IBK est toujours en place, c’est parce que malgré ses débuts catastrophiques, il a au parlement une majorité stable. Si tel n’avait été le cas, la crise institutionnelle l’aurait emporté depuis. A tout le moins, elle aurait aggravé encore plus la situation du Mali.

La problématique de la représentativité d’une large frange de l’opinion au parlement est nécessaire. On doit y veiller. Mais il est possible d’y parvenir autrement.

Premièrement par le choix d’un mode de scrutin plus favorable aux petits partis. A ce propos une belle palette de systèmes permet d’y parvenir.

Ensuite, on peut convenir aussi d’un découpage de circonscriptions plus favorables aux petites formations. Comme on le voit donc, en tenant compte des exigences du système du quinquennat, peu temps et obligation de résultats, il est préférable d’avoir une majorité stable. Elire d’abord le président et lui permettre de demander une majorité nette, lui permettant de travailler tranquillement. Sauf catastrophe, il y a peu de chance qu’un seul parti reproduise le tuuk guili à la CDP. Même si cela advenait, dans un système désormais balisé, les conséquences d’un tuuk guili seraient préférables aux vicissitudes d'un régime faible, incapable de produire des résultats. Les Burkinabè, qui sont dans leur majorité adeptes des « pouvoirs forts » pourraient rapidement se détourner d’un système incapable d’instaurer l’ordre et de satisfaire leurs besoins vitaux.

Le scénario fort probable d'un couplage présidentiel et législatifs, si on tient compte des résultats d'un sondage effectué courant 2014 serait au soir du deuxième tour en début novembre: Président Diabré et le parlement majoritairement MPP. Evidemment les données ont évoluées depuis ce dernier sondage. Mais on ne serait pas loin d'un scénario semblable au regard de la représentativité du MPP qui a plus de cadres et meilleurs maillage du pays que l'UPC. Par contre Diabré bénéficie d'un léger avantage pour avoir su faire montre de qualités certaines de management des hommes au CFOP et pour s'être déclaré très tôt comme opposant à Blaise.       

NAB

 



13/01/2015
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