Sans Détour

Sans Détour

L’Ironie de l’histoire !

Le 21 novembre dernier au palais des sports de Ouaga 2000, à l’occasion de la passation des charges entre le Lt Colonel Zida et le président Kafando, il s’est accomplis deux occurrences dont seule l’histoire a le secret.

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 Première chose, c’est Kafando, l’homme que Thomas Sankara avait voué aux gémonies, le traitant de tous les noms d’oiseau qui est aujourd’hui, celui qui réhabilite sa mémoire et qui va sans doute le porter au panthéon des martyrs de notre pays. Pendant la période qui a précédée le 4 août 1983, quand le Conseil de salut du peuple, deuxième phase (CSP2), vivait ses derniers instants, Michel Kafando a été accusé de collusion avec l’impérialisme français, en accueillant Guy Pen. Quand la révolution a triomphé, il a fallu qu’il se cherche. Les révolutionnaires du 4 août l’ont pourchassé jusqu’au Togo, semble t-il où il a échappé miraculeusement et a pu rejoindre Paris. Les premiers moments de son séjour parisien ont été difficiles. Un bonze de l’ex régime se souvient avoir vu Michel Kafando dans des conditions pénibles, où « il avait un seul manteau et manger était très difficile ». Il a pu sûrement s’en sortir par la suite, a pu s’inscrire à l’université et a pu soutenir son doctorat. Michel Kafando est donc plusieurs années après, celui qui réhabilite son « bourreau », de fort belle manière. Dans son discours, il ne s’est pas contenté de lui promettre justice et de le faire entrer dans le panthéon des martyrs. Il a magnifié son œuvre et sa gouvernance, en la fondant comme « l’étalon de la bonne manière de servir le peuple ». C’est donc vraiment extraordinaire comme l’histoire a souvent des tours de passe dans sa besace.

-          Deuxième chose, c’est au palais des Sports, cette salle mythique, symbole de la « Compaorose triomphante », salle qu’on refusait aux opposants, mais aussi qui avait accueilli, les fastes de la dernière investiture de Blaise Compaoré qui a été le théâtre du début de la « deblaisisation ».

-          Le discours de Kafando, beaucoup plus que celui prononcé par le Lt Colonel Zida, à la Maison du peuple, à la signature de la charte, est un procès en règle de la « Compaorose ». Il a convoqué tous les superlatifs. « Suffisance » d’abord, alors qu’on aurait pu s’attendre à plus de modestie, pour un régime issu d’un peuple qui a l’humilité chevillée au corps.  « Mal gouvernance » ensuite et le pire de tout « l’aveuglement ». C’est un régime coupé des réalités qui est tombé le 30 et 31 octobre.

-          Là aussi le sort fait des siennes. Kafando qui détricote, (dans le discours pour l’instant) la Compaorose est incontestablement l’un des « meilleurs produits » du régime de Blaise. Quand la rectification survient le 15 octobre 1987, C’est la résurrection de Kafando. Le Front Populaire le rappelle et l’installe à New York, comme ambassadeur. Au service de ce régime il met tout son talent et lui évite à plusieurs reprises de figurer « dans les tablettes noires de Washington, comme gouvernement voyou ».

Au début des années 1990, quand le département d’Etat annonce qu’il va faire « disparaitre le Burkina Faso », c’est Michel Kafando qui est à la manœuvre. Il réussit à recruter les meilleurs lobbyistes américains, qui avec le soutien de la France, sauvent la mise à Blaise Compaoré. En reconnaissance de cet investissement personnel, Blaise lui accorde le titre « d’ambassadeur perpétuel » auprès des nations unies.

Il va y rester près d’une vingtaine d’années, jusqu’à sa retraite. Michel Kafando est donc un produit « pur sucre » de la période Compaoré. Même si, il faut le noter aussi, certains anciens bonzes du régime défunt, disent que Michel Kafando, n’a jamais caché, en privé, son aversion, pour le projet présidentiel de modifier la constitution. Il disait que le président Compaoré se méprenait sur l’évolution de la communauté internationale. Pour lui, cette aventure ne pouvait pas prospérer.

On peut donc à postériori, comprendre son discours du 21 novembre, en certains aspects. Il reste quand même que s’il fait ce qu’il a dit, il aura été, par le hasard de l’histoire, celui par qui Blaise est historiquement mort.   

 

 

 

NAB      



24/11/2014
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