Sans Détour

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Elysée

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Kafando est venu et il a visiblement convaincu !

 

Ce 1er juin, la Cour de l’Elysée est parée de sa garde républicaine en tenue d’apparat. C’est le président de la transition burkinabè qui est attendu. A 11h05, sa limousine fait son entrée. Hollande l’attend au bas du perron. Les deux hommes ne se connaissent pas bien. La poignée de main est lointaine et furtive. Kafando est visiblement crispé. Hollande l’entraine dans les dédales du palais. Les journalistes sont priés d’attendre dans le petit salon Napoléon 3. L’entrevue est prévue pour durer 30 mn.

Mais le temps prévu passe. Cinq minutes, puis dix. Le temps commence à se faire long et avec lui montent les inquiétudes. Que se passe t-il ? Peut-être que c’est bon signe ou peut-être pas. Cinquante minutes après, soit près de 20 mn de plus sur l’horaire prévu, les deux présidents apparaissent.  Hollande est le premier à prendre la parole. Il indique que c’est à son invitation que Kafando est à Paris. Il tenait à lui exprimer son soutien et celui de la France, dans la transition qu’il conduit. Le visage de Kafando se relâche.

Hollande énumère les questions qu’ils ont abordées ensemble.

D’abord la transition, Hollande dit être conscient « qu’elle est fragile ». La France va accompagner le président Kafando et son gouvernement pour qu’il la conduise à son bon terme à l’issue d’un processus « électoral transparent et incontestable ». Il n’a pas prononcé le mot qui fâche : « inclusion ». Kafando commence à rayonner. Parce que la France veut un processus « incontestable », elle a dégagé, dans le cadre de la coopération avec le Burkina, une enveloppe pour les élections. Elle annonce aussi un budget conséquent pour la coopération bilatérale. En quelque sorte la carotte pour mieux tenir son rang, dans ce Burkina de transition fougueux. Il semble quand même que Hollande a vraiment de la sympathie pour l’expérience Burkinabè. A Dakar déjà, au sommet de la Francophonie, il avait voulu faire une mention à l’insurrection burkinabè, dans le communiqué final mais s’était heurté à la résistance farouche de certains présidents de la sous région. Il continue à croire en l’insurrection burkinabè et veut qu’elle serve de modèle au burundais par exemple, par la qualité de son processus électoral. C’est peut-être dans cette insistance qu’il faut voir « le détail du diable ».

Autre chose qui devrait réchauffer les cœurs des insurgés et des assoiffés de justice au Burkina, la France pourrait collaborer « dans les dossiers de justice » qui ont ébranlé le Burkina, ces dernières années. A quoi Hollande fait-il exactement allusion ? Peut-être au dossier Sankara. Les conseils et les associations sankaristes demandent depuis une enquête parlementaire, en France, pour élucider les complicités françaises dans l’assassinat du père de la révolution. Il est possible qu’ils obtiennent gain de cause.

Evidemment tout ça la France ne le fait pas parce qu’elle est en pamoison de notre insurrection. Kafando est venu avec une proposition dans son escarcelle. Le Burkina va envoyer au Mali, un bataillon supplémentaire pour soutenir une MUSISMA, bien en peine.

En tout cas Kafando après tant d’amabilités a multiplié les confidences et les reconnaissances. Il a rappelé que la France a été le principal soutien de la transition à ses débuts. Au moment où bon nombre de partenaire voulaient mettre le Burkina au ban de la communauté internationale, il y a eu la France, pour temporiser. Cela nous l’avions expliqué dans cette même rubrique, quand l’ambassadeur de France à Ouagadougou était furieux d’avoir échoué à infléchir la position des cntistes sur le projet de code électoral. Le gouvernement et le président s’en était tenu au service minimum.  Kafando est revenu sur la question avec deux arguments. Eux qui sont à la tête de la transition, par la volonté des insurgés sont obligés de tenir compte de leur point de vue dans les décision qui sont prises. Mais il rappelle en même temps toute la dette morale que la transition a envers la France. Son rôle est justement d’essayer de concilier ces deux exigences. Comment vont-elles s’harmoniser ? On le saura dans les mois à venir. Pour l’instant Kafando peut être satisfait d’avoir réussi son oral avec Hollande. 



01/06/2015
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