Sans Détour

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Chronique du lundi 19 octobre

La transition, après les secousses du coup d'Etat et ses répercussions

sur les relations avec les voisins, essaie un colmatage.

Première étape, Dakar. 
 

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La transition desserre un peu l’étau diplomatique !

 

Kafando ne le pouvait pas, parce que Dakar considère qu’il n’a pas été réglo, pendant la médiation à Ouagadougou, les 18, 19 et 20 septembre. Alors que Macky s’était efforcé de tenir un langage de fermeté aux putschistes ; leur indiquant clairement qu’il était inenvisageable d’avaliser leur coup et que Kafando devait revenir dans le jeu. Par contre ce dernier, la première chose qu’il fait, une fois en sureté à l’ambassade de France, c’était de poignarder le médiateur en chef. C’est en tout cas comme ça, qu’on a perçu les choses à Dakar où cette attitude de Kafando a été très mal vécue.
Zida a donc dû aller à Canossa, pour tenter de rabibocher les deux gouvernements. Il pouvait plus facilement le faire, que la médiation sénégalaise a eu un faible pour lui depuis le début de la transition. Pour les sénégalais d’ailleurs, en novembre 2014, il l’eût fallu tout simplement adouber Zida, président de la transition.

 

Zida est allé donc à Dakar, une belle statuette de bronze en main et une petite dose de Ponce Pilate, dans le propos, assurer à Macky, que le gouvernement n’endossait pas le sentiment de la rue et de certaines OSC sur la médiation sénégalaise. Il rappelle que « cette médiation est arrivée au bon moment et qu’elle a produit des résultats ». Les « Diambar » ont apprécié. Ont-ils pardon ? Le ton de la presse laisse plutôt croire que « l’affront » leur reste encore en travers de la gorge avec des titres métaphoriques comme « Zida a ravalé son cracha ».

 

Mais la transition avait-elle le choix ? Elle ne peut pas durablement, dans la sous-région, tourner le dos aux principaux pays de l’espace. Cet épisode du coup d’Etat a distancié encore plus les relations avec les pays « utiles » à l’économie Burkinabè  au niveau de la cedeao et de l’uemoa : « le Togo, le Bénin, la Côte d’Ivoire et puis le Sénégal, (dans une moindre mesure, surtout qu’il assure en ce moment la présidence de la CEDEAO) ». Pour le Sénégal c’est à peu près fait. C’est aussi une invite à la Cedeao de revenir dans le jeu. Mais pourquoi faire ? C’est ça le non-dit de ce voyage. Parce que si la transition est presque sûre d’être à l’abri d’une déstabilisation interne, elle s’inquiète du danger extérieur. Dans ces conditions l’isolement est la pire des choses.  

 

Reste à trouver maintenant un messi dominici pour aller à Abidjan. Kafando n’est pas bien vue, au bord de la lagune Ebrié et Zida non plus. Pourtant Ouattara, les semaines qui ont précédé le Coup d’Etat de Diéndéré, semblait avoir amorcé un rapprochement avec les deux principaux candidats de la présidentielle Burkinabè. Il avait commis ses deux principaux lieutenants, Bakayoko et Soro de jouer les « go between ». Bakayoko devait s’occuper du MPP et SORO de l’UPC. Les programmes de rencontre étaient en élaboration, Alassane, pragmatique, se préparait à faire avec celui que les Burkinabè se choisiraient. Pour ne froisser aucun des favoris, des soutiens financiers équitablement calculés, ou presque, devaient être distribués. Le coup d’Etat est venu tout contrarier. Abidjan, dans la peau d’accusé, a tout remballé. Qui donc, pour aller actuellement à Abidjan ? Dans la transition, au haut niveau, autant dire, personne.

 

On peut imaginer, cependant, en début novembre, juste après la réélection annoncée, au premier tour de Alassane Ouattara et avant le début de la campagne électorale burkinabè, une initiative pour commencer le colmatage des ruines diplomatiques de la transition. Quel que soit celui qui sera élu, en décembre, avoir à ne pas se préoccuper d’une Côte d’Ivoire hostile, est un grand soulagement. Parce que le premier test du nouveau gouvernement, sera d’assurer le courant pour la période de chaleur qui commence dès mars 2016. Un bis repetita de la calamiteuse année 2015, pour le nouveau gouvernement, ne peut pas être le début rêvé du quinquennat. Avant d’avoir à déployer son programme d’indépendance énergétique, qui prendra forcément du temps, tout nouvel élu voudra s’assurer que les 50 Mgwatt ivoiriens ne feront pas défaut, pour une raison ou une autre. Le peuple peut se payer le luxe des états d’âme, parce qu’il n’est pas soumis à la redevabilité, ce dont un gouvernement ne peut se permettre.



18/10/2015
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