Sans Détour

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Attaque contre Burkina

 

 

Une étape franchie !

 

Voilà ce que nous écrivions le 11 octobre juste après l'attaque de Samorogouan:

 

" Au Burkina, sans risque de se tromper, nous sommes entrés dans une phase de harcèlement des groupes djihadistes. Dans leur modus operandis, les actions sont graduées. Il y a eu des phases de sommation d’avril à août. Depuis le 9 octobre, la phase des attaques est en marche. Il s’agit d’abord d’une phase dirigée contre les « forces de sécurité ». Très certainement les petites unités de sécurité isolées seront prises pour cible. Il faut donc tout simplement cartographier les commissariats et les brigades de gendarmerie, le long de la frontière pour savoir lesquels sont les plus exposés. Le plus difficile restera sans conteste l’agenda ? A ce niveau seul un bon maillage du renseignement peut aider. Mais cela reste toujours dans le domaine de l’aléatoire. Si cette phase d’attaque des unités des forces de l’ordre est contrariée, interviennent les opérations individuelles, connues très souvent sous la forme de « kamikaze ». Un schéma non pas alarmiste, mais conforme à la façon d’opérer et la graduation des actions tel que connu à ailleurs.

 

Est-ce que c’est inéluctable ?

 

Le cas du Burkina est pour l’instant atypique. En général les groupes jihadistes se forment et s’expriment sur des contradictions qui ne sont pas réunies dans notre pays. Nous n’avons pas de façon très affirmée une contrariété religieuse ou géographique qui a atteint le niveau de crise. Il n’y a pas un grave différend national qui superpose l’ethnie ou un groupe social et un fait religieux. C’est pourquoi on attend avec impatience, les revendications qui sous-tendent ces attaques. Les groupes jihadistes ne font jamais des actions pour rien. Donc on attend la revendication et les mobiles. Si ce ne sont que des actions crapuleuses, elles n’iront pas loin. Si elles sont liées aussi à la crise politique que traverse le pays, comme le laissent croire les premières déclarations du gouvernement, alors il faut trouver les solutions à ailleurs..."

 

Qu'est-ce que j'en dis aujourd'hui?

 

Il y a une étape de franchie et qui installe notre pays désormais dans le cyclone djihadiste mais pas forcément pour les mêmes raisons que celles qui motivent le ciblage d'un pays comme le Mali ou le Nigeria.

Je me permets contre l'avis général, de contester la revendication de "Al Mourabitoune". C'est trop rapide et trop vague. Les djihadistes ne réalisent pas des actions sans fondements profonds. C'est quoi? lesquels? En ce qui concerne notre pays? Il peut, s'il faut tout de même avaliser cette thèse, s'agir d'une volonté des Mourabitounes de punir le Burkina, pour la présence française sur notre territoire. Dans ce cas, c'est la France qui serait visée sur notre territoire. Or si une des cibles, en l'occurrence le Capuccino est le bien d'un français, hôtel Splendid est burkinabè à 100%. Ensuite les assaillants se sont pris de façon indiscriminée à toutes les personnes qui étaient présentes sur les lieux. La revendication ne semble pas mentionner que c'était la France qui est expressément visée.

 

Pour l'instant donc Al Mourabitoune aurait juste frappé notre pays, dans une série d'actions, apparemment coordonnées, ( Tin Akoff, Ouaga et Djibo enlèvement d'un couple occidental) sans justification. C'est très peu probable. Comme nous sommes sur le fil de l'actualité on attend des précisions. Mais les djihadistes ne font pas d'ordinaire des revendications par pallié.

 

La situation au nord, autour de Tin Akoff n'a pas variée fondamentalement depuis les frappes françaises sur Gao, en janvier 2013. C'est toujours le Mujao qui y opère. Si entre temps le groupe avait engagé un rapprochement avec Mocthar Belmoktar, il n'est pas allé jusqu'à la fusion, parce que justement le Mujao est fondé sur le refus de "la domination algérienne". Par contre et c'est très sûr, le groupe a reçu du renfort en mercenaires de Boko Haram, depuis les frappes nigériennes et tchadiennes sur ses bastions. Ce groupe s'est aussi rapproché de Ançar Dine de Iyad Ag Aghali, qui ces derniers temps a repris du service, en sous traitant des missions avec des alliés; comme le Mouvement de libération du Macina (MLC) de Hammadoum Koufa, dont une partie des troupes avait été surprise et massacrée, par un détachement militaire burkinabè basé dans la région de Thiou. Est-ce, ce groupe qui a planifié sa vengeance sur Capuccino et Splendid? On peut remarquer que le mode opératoire est plus semblable à celui contre l'hôtel Byblos de Sévaré que celui de Radison Bamako, régulièrement cité.

 

Un autre fait que nous avions évoqué aussi sur le blog "sans-detour.blog4ever.com" c'est comment l'opération de remplacement des éléments RSP qui contrôlaient toute la frontière nord a été faite? Longtemps le RSP a eu l'exclusivité des questions terroristes. Ces chefs ont noué des relations avec les chefs des groupes djihadistes pour instaurer un accord " de non agression mutuelle", en échange de certains avantages ou de partage de bénéfices de certains trafics. Quand le RSP a été dissout en septembre comment ces questions ont été gérées? Il me semble que les politiques de l'ex CFOP n'ont pas voulu s'y intéresser à tort. Oubliant qu'ils allaient être les héritiers d'une situation créée à leur dépend. Le MPP est obligé dans l'urgence de s'y frotter et de ressouder les compartiments sécuritaires qui depuis tournent en "roues libres". A qui va t-il faire appel? Il n'a pas le choix que de puiser dans le vivier spécialisé qui existe. Il peut aussi faire appel à grand frais à tous ces pseudo-spécialistes de la question qui écument la région. Toujours des blancs. Très souvent des français. Or nous avons vraiment une expertise nationale.

 

L'état de nos forces?

 

Comme toujours la rhétorique "révolutionnaire" n'a pas toujours de prise avec la réalité. Il se trouve que nos forces de sécurité de défense cumulent actuellement plusieurs handicaps:
- Trop sollicités et peu nombreux, les hommes sont au bord de la rupture. Depuis septembre 2015 ils sont sur le qui-vive, sur plusieurs fronts; "la menace djihadiste sur une longue frontière de plus de 1000 kilomètres" et sur les points stratégiques du pays. En même temps, il faut aussi sécuriser les routes contre les coupeurs de route.
- deuxième chose, l'armée est en crise profonde depuis septembre 2015. Sa structuration a été chamboulée et il n'y a pas eu de réorganisation et de réajustement. On est resté dans la donne créée par la victoire sur le RSP, sans penser à la formaliser. Ou disons qu'une tentative, intéressée, a été faite par l'ex premier ministre qui s'est heurtée à la résistance de la hiérarchie militaire qui n'avait pas confiance en lui.
Tertio; les instructions sur le putsch ont crée un malaise dans l'armée. Le trio qui dirige l'armée est préoccupé par une poursuite judiciaire qui leur pend au nez. Depuis, ils se battent plutôt pour ne pas être inculpés. Cela laisse peu de place à une bonne administration des questions sécuritaires. Roch qui a reçu le Chef d'Etat major général lui a t-il apporté son soutien? L'a t-il rassuré?

Enfin, toute l'administration sécuritaire et de défense est en stand by, depuis l'investiture du nouveau président. Comme la transition l'a montré, nous sommes maintenant dans le "Spoil système". Chaque administration qui arrive balaie tout et recommence tout. Alors pour l'essentiel, l'administration et les forces de Sécurité et de Défense sont dans l'expectative. En cela le nouveau pouvoir a manqué de flair. C'est la principale question qu'il fallait adresser avant toute chose. Le président ayant les prérogatives constitutionnelles exclusives sur cette question, il aurait dû prendre des mesures urgente et forte dès son installation. La question sécuritaire est vitale. Elle ne peut pas être laissée en jachère même une fraction de seconde.

 

Qu'en est-il de la piste Soro?

 

La concomitance des évènements; officialisation du mandat d'arrêt contre Soro et attaque sur le pays, emmène certains à pointer Soro. Même s'il ne faut rien exclure. Il y a peu d'éléments probants en soutien de cette thèse. Sous réserve évidemment des évolutions ultérieures. D'Abidjan et de Soro il existe une vraie menace, mais d'une autre nature tout aussi explosive. La xénophobie contre nos 4 millions de ressortissants en Côte d'Ivoire. Le silence et la prudence d'Abidjan devant les charges contre Soro depuis septembre peut dire deux choses; la gène, elle est réelle, mais aussi la volonté de calmer. Il me semble, sans qu'on ne comprenne bien la dernière sortie de la justice militaire, que les nouvelles autorités sont dans une disposition d'esprit de "calmer la tension et de redonner les chances à la diplomatie".

 

En conclusion:

 

Deux ou trois choses:
1. l'attaque d'hier sur Kwamé Nkrumah porte il me semble les marques d'une vengeance du groupe de Kouffa renforcé par une expertise de Iyad Ag Agali de Ançar dine. Elle me parait plus probable

2. Il faut revoir au plus vite l'opérationnalisation de nos FDS. Il faut forcément revoir de fond en comble les instances conçues par la transition en ces derniers moments. C'est quand même curieux et difficilement explicable que les FDS arrivent 1h après le début des attaques au centre ville de Ouaga. Il y a un problème de réactivité.

3. Le gouvernement de Roch doit abroger dans son langage une des tendances lourdes que Germain Nama évoquait récemment dans son éditorial de l'Evénement " la surenchère langagière insurrectionnelle" de la transition. Le gouvernement est attendu dans l'action.

4. Enfin, il faut savoir réduire les fronts. Il n'est pas nécessaire d'ouvrir ou de laisser ouvrir un front chaque jour. Et réduire les fronts c'est imposer un nouveau agenda politique et n'ont pas se laisser enfermer dans celui laissé à dessein par la transition.



16/01/2016
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