Sans Détour

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A propos de notre Panthéon !

 

C’est Michel Kafando qui en a la bonne compréhension

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Si la date est confirmée, c’est le 4 décembre 2014 que le Burkina va honorer ses martyrs, tombés les 30 et 31 octobre pour la patrie et la démocratie. Le pays est décidé à leurs réserver des obsèques dignes du sacrifice qu’ils ont consenti pour la nation. Un panthéon est annoncé, mais les compréhensions au niveau des deux têtes de l’exécutif sont différentes.

Un des points forts du discours de prise de charge de Michel Kafando, reste l’annonce de la création du Panthéon pour nos martyrs. Dans les développements qu’il en a fait, c’est une nécropole qui est instituée, destinée à recevoir les restes des dignes fils de notre pays. On peut imaginer que le discours ou ceux qui l’ont écrit se sont inspirés de l’exemple français, érigé au moment de la révolution de 1789. Quand Mirabeau est mort, le 2 avril 1791, la révolution a voulu l’honorer. Mirabeau n’est pas n’importe qui. C’est lui qui a contribué, à prendre l’assemblée du roi, où siégeaient les trois  corps de l’Etat « la noblesse, le clergé et le tiers-Etat »  et a laissé à la postérité cette phrase d’anthologie « nous sommes là par la volonté du peuple et nous n’en sortirons que par la force des baïonnettes »

Quand il décède, les révolutionnaires français ont songé, comme cela se faisait déjà en Angleterre à travers le caveau de Westminster, à instituer un lieu qui va réunir les restes des dignes fils du pays. Un décret de l’assemblée nationale, sous la proposition d’Emmanuel Pastoret, transforme l’Eglise « sainte-Geneviève » dont on venait de terminer la construction comme « l’édifice destiné à recevoir les cendres des grands hommes, à dater de l’époque de notre liberté (le décret fait débuter cette époque à la date de la survenue de la révolution, c'est-à-dire en 1789. Mais avec des exceptions. Ndlr) ».

Quand le président Kafando invite les martyrs à entrer dans le panthéon et à s’y reposer, c’est lui qui en a la bonne compréhension.

Le premier ministre Zida dans son entretien avec la presse en a donné une autre compréhension qui ne cadre pas avec l’idée de Panthéon. Lui, imagine le Panthéon comme un endroit où seront inscrits les noms des martyrs, mais ils ne doivent pas y être enterrés. Cette compréhension n’est pas conforme à l’idée de Panthéon. Elle a un nom, c’est un monument aux morts. Zida reste donc, de ce point vue, dans la conception de Blaise Compaoré, qui avait érigé ce monument en « hommage aux héros nationaux », comme l’y invitait le Collège des sages en août 1999.

Comme on le voit, l’idée du président Kafando parait plus en phase avec l’ampleur que les Burkinabè voudraient donner aux sacrifices des enfants tombés les 30 et 31 octobre dernier. Il lui faudra pour que cela se matérialise lui donner force de loi en saisissant le CNT d’un projet de loi qui va instituer le Panthéon et qui va énoncer les critères pour y reposer. Si ce travail législatif n’est pas fait, l’’idée restera « un fait du prince » qui pourra être détricotée par un autre fait du prince. Imaginons que le CDP revienne en majorité à l’assemblée nationale, en novembre 2015. Ce n’est pas une utopie, c’est de l’ordre du possible.     

NAB

 

A titre documentaire, un extrait du discours de Pastoret

Le discours d'Emmanuel Pastoret, procureur syndic du département de Paris, provoque l'acclamation de l'Assemblée entraînée par Robespierre et Barnave :

« Messieurs, Le Directoire du département propose à l'Assemblée nationale de décréter :

  1. Que le nouvel édifice Sainte-Geneviève soit destiné à recevoir les cendres des grands hommes, à dater de l'époque de notre liberté ;
  2. Que l'Assemblée nationale puisse seule juger à quels hommes cet honneur sera décerné ;
  3. Que Honoré-Riquetti Mirabeau en est jugé digne ;
  4. Que les exceptions qui pourront avoir lieu pour quelques grands hommes, morts avant la Révolution, tels que Descartes, VoltaireRousseau, ne puissent être faites que par l'Assemblée nationale ;
  5. Que le Directoire du département de Paris soit chargé de mettre promptement l'édifice Sainte-Geneviève en état de remplir sa nouvelle destination, et fasse graver au-dessus du fronton ces mots : Aux grands hommes la patrie reconnaissante »

Entre 1791 et 1793, le bâtiment est donc profondément modifié par Quatremère de Quincy qui lui donne son apparence actuelle pour qu'il devienne un panthéon, c'est-à-dire un monument laïque consacré à la mémoire des grands hommes de la nation.

 



30/11/2014
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