Sans Détour

Sans Détour

1er Novembre 2014

 

Le Burkina se réveille sans Blaise Compaoré

Le long règne de Blaise s’est achevé hier, 31 octobre, vers 10 heures. La veille, c’était l’heure qu’il avait choisi pour faire voter la loi constitutionnelle qui devait le consacrer roi. Il est parti emporté par sa folie de pouvoir. Il voulait 15 ans, il a écourté d'un an son mandat.

 

 netoyage2.jpgLes burkinabè ont retrouvé les reflexes des belles périodes sankaristes sitôt Blaise parti. Nettoyage collectif des rues.
Ce 1er novembre, jour de la Toussaint, jour des morts, les burkinabè renaissaient à la liberté après 27 ans d’un pouvoir qui les avait mis sous l’éteignoir. Blaise, en début octobre 1987, avaient dit-on donné rendez-vous à des visiteurs pour l’après Toussaint, leur suggérant qu’à cette date, il les recevrait comme président du Faso. C’est effectivement ce qui est arrivé. 27 ans après, à la Toussaint, c’est un autre que lui, qui accueille les émissaires de l’ONU venus s’entretenir de la situation insurrectionnelle qui a provoqué sa chute. L’histoire a parfois se retournement exquis, dont le piment vivifie les papilles des victimes. Blaise Compaoré, l’homme fort est donc parti ! Qui l’eut cru ?

Après 27 ans d’un pouvoir personnel et absolu, patiemment construit, Blaise Compaoré en était venu à croire à son invincibilité.  3 millions de Burkinabè marchent dans les rues de façon déterminée, le 28 octobre, l’homme fort du Burkina n’en a cure. Le lendemain pour montrer ce qu’il pense de « ce pet » du peuple, il se fait filmer rasséréné, dans son palais luxueux de Kosyam accordant audiences et présidant le conseil des ministres. Le lendemain, il fait interner les députés à l’hôtel Azalaï, pour que le 30 octobre, ces moutons qui ne peuvent pas lui dire « non », se rendent en file indienne, encadrés par des chars et des kalash, voter cette loi qui lui ouvre un règne à vie. Il voulait s’ouvrir 15 ans de pouvoir après 28 ans de règne. Il était tellement convaincu qu’il réussirait, qu’il avait déjà arrêté le scenario de l’après vote. Il était ainsi décliné :

-          12 heures, fin des votes (les CRS avaient reçu l’ordre de réduire les poches de résistances de façon ferme)

-          Adresse à la nation le soir, suivi de dissolution du gouvernement

-           Voyage à Bobo pour assister à la fête de l’armée, le 1er octobre et repos de quelques jours, laissant les prétendants putatifs aux postes ministériels mariner dans le jus de leur ambition.

-          Au retour Blaise devrait former ce gouvernement dit « d’union nationale » qui devrait faire une part belle à l’ADF.

Après ça, il ne restait plus qu’à préparer la présidentielle de 2015.

Comment l’ADF a perdu Blaise !

Il semble que c’est l’idée lumineuse de l’ADF/RDA qui a finalement perdue le président Compaoré. Début octobre, Gilbert qui est sous la pression de Blaise Compaoré, trouve une idée géniale qui devrait lui permettre de céder sans perdre la face. L’ADF/RDA se veut inflexible sur le principe de la limitation des mandats présidentiels. Il peut donc s’accommoder de toute modification de l’article 37 qui ne supprime pas la limitation. C’est ainsi, que l’idée de jouer sur le nombre de fois que le mandat est renouvelable a été trouvée. Au lieu d’une fois, ce sera 2 fois. Et pour faire fort, l’article 37 est désormais inscrit dans les dispositions non révisables de la constitution. Cette trouvaille plait bien à Compaoré qui voit tout l’intérêt qu’il peut en tirer. Jusque-là il quémandait un « lenga » de 2 ans qu’on lui refusait. Un « lenga » pour lequel il concédait, à contre cœur, à être « une reine d’Angleterre ». La nouvelle proposition de l’ADF était tout bénéficie. On lui ouvre une possibilité d'avoir 15 ans cadeaux et en plus, il garde l’intégralité de ses prérogatives. Pour Blaise Compaoré c’est une extraordinaire aubaine qu’il ne faut pas laisser passer. Il initie le projet de loi qu’il envoie à l’assemblée nationale, avec instruction d’un examen express et sans délai. L’ADF en plus de sauver l’honneur est bien arrosé. D’aucun parle de 2 milliards de francs cfa, offert à Gilbert Noel Ouédraogo en sus des postes ministériels.

Pour les 99 députés de la majorité, des promesses sont faites. Alors qu’ils sont internés à Azalaï, Gilbert Diendéré, le chef d’Etat-major particulier de Blaise, vient les exfiltrer aux alentours de 19h30, pour aller rencontrer Blaise Compaoré. Chacun s’en retourne avec une enveloppe de 5 millions comme avance sur solde. Le restant devait être payé après le vote du 30 octobre.

Pour obtenir ce vote, Blaise a fait transformer l’assemblée en une place forte. Il a déployé une armada impressionnante de force de sécurité. Un dispositif en quatre temps : le camion-citerne (eau chaude) aux avant-postes, suivi des CRS armés de lacrymogène, en troisième position les éléments militaires du RSP armés de kalash avec des balles réelles et derrière tout ça, les chars de l’armée. Pour les stratèges, traverser ce dispositif est quasi impossible. Ils n’ont pas compté avec la détermination d’une foule immense. Car ce 30 octobre, ils étaient des centaines de milliers à prendre d’assaut les fortifications de la sécurité. D’une façon très intelligente, ils ont réussi à franchir toutes les lignes jusqu’aux chars, qui n’ont eu d’autres choix que de reculer. A partir de cet instant la route était ouverte. A 9h25, la foule furieuse est devant l’hémicycle. Le président Soungalo a juste le temps de courir les 100 m plats et de s’engouffrer dans une voiture. Les autres députés se sont cherchés. Qui derrière les fleurs, qui dans un arbre et les plus habiles ont pris les murs.

Le peuple, le dépositaire originel de la souveraineté venait ainsi de reprendre aux députés défaillants, sa souveraineté. Le gouvernement surpris et déboussolé, en catimini retire le projet de loi. Sauf que le peuple, après tant de sacrifice ne veut plus se contenter, de si peu. Il veut la tête de Blaise. Une partie des insurgés se dirige vers Kosyam pour se frotter aux RSP. Les affrontements seront violents. Il y a des morts. Le peuple retourne à la place de la nation et réclame l’armée au pouvoir. Les généraux tergiversent toute la journée. Le soir l’Etat-major fait lire un communiqué qui ne règle rien. Le président Compaoré en profite pour reprendre la main. Aussitôt le CFPO rejette catégoriquement la volonté du président Compaoré de rester au pouvoir. Il l’enjoint à démissionner. Le lendemain 31 octobre, se joue la finale. La foule converge d’abord vers la place de la nation et encercle l’Etat-major général des armées. Les responsables des organisations de la société civile exigent que l’armée prenne ses responsabilités. Les généraux tergiversent toujours. Pour le général Honoré, Blaise Compaoré est un président légal. Le Lieutenant Colonel Zida coupe et admet qu’après les événements du 30 octobre avec les morts, Blaise ne peut plus rester président. Cette réaction panique les généraux. Mais les militaires dans leur majorité sont d’accord avec cette position. Il lui est demandé donc de préparer une déclaration. C’est au moment où cette déclaration est en préparation, que sans doute instruit par Blaise Compaoré, le général Naberé Honoré Traoré se proclame président de la transition. Sauf que la troupe et la foule des manifestants n’en veut pas. Mais ces moments de flottement permettent d’organiser la fuite de Blaise et de sa famille. Le Lt colonel termine le texte de sa déclaration et à 15h 50 se présente devant le peuple réuni à la place de la nation. Il annonce qu’il assume les responsabilités de chef d’Etat. La parenthèse général Honoré n’aura durée que 4 heures. Juste le temps de faire fuir Blaise est d’installer la confusion pendant des heures. Depuis ce 31 octobre, le peuple est redevenu « Burkinabè » après une parenthèse de 27 ans.

Newton Ahmed BARRY



01/11/2014
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